Wearable Unwearable

Pour Pierre Bourdieu, dans un champ donné, ont lieu certaines luttes ou « révolutions » qui permettent à ce champ de se transformer. Il déclare ainsi :

« Celui qui veut faire une révolution en matière de cinéma ou de peinture dit ceci : « Ce n’est pas le vrai cinéma » ou « Ce n’est pas cela la vraie peinture».

Ce combat est donc le moteur du champ. Selon lui pour étudier la sociologie d’une œuvre culturelle il faut forcément prendre en compte les relations (objectives effectuées sous forme d’interactions) entre les artistes et autres artistes et les agents engagés dans la production de l’œuvre (mécènes, galeries...) C’est donc la relation entre le champ de production culturelle et sa relation avec le champ des consommateurs. Ainsi on ne comprend rien d’une œuvre, de ses thèmes, en la rapportant directement à un groupe. C’est une relation qui s’effectue en fonction de sa prise de position par rapport à un temps donné, à une histoire autonome. C’est l’accumulation historique, le commun que l’artiste place par rapport à son œuvre, se plaçant alors par rapport aux autres. La thèse de l’artiste devient donc lutte. Le revient du passé renvoie donc au présent, il y a référence à l’histoire. Par exemple en traitant du cinéma on réintroduira l’histoire du cinéma pour créer son cinéma. Luc Boltanski a montré que la construction d’un champ de la bande dessinée s’accompagne du développement d’un corps d’historiographes et au même moment de l’apparition d’œuvres enfermant la référence « érudite » à l’histoire du genre. Ainsi l’art naît de l’art auquel il s’oppose. C’est l’histoire qui fait que ce qui se passe dans le champ donné grâce à l’histoire, les méthodes, la technique, le social... n’est jamais le reflet direct des contraintes ou des demandes externes mais une expression de la logique du propre champ.

Nous avons pu voir que le travestissement pouvait s’opérer sur différents niveaux. Ainsi il s’opère sur le corps, sur le temps, grâce au remake, à la manière de filmer. Jack Smith se positionnait en total créateur de personnages comme avec Mario Montez dont il utilisa un potentiel ressenti pour créer un être emblématique et réutilisé par Warhol, notamment Mario Banana bien qu’il s’agisse moins d’une évocation onirique de la beauté. Mais un travestissement s’opère aussi sur lui- même comme nous l’avons vu avec le film Blonde Cobra de Ken Jacobs. Jack Smith ne s’arrêtait pas seulement au corps mais travestissait lui aussi Hollywood, tout comme Brice Dellsperger. Chez Jack Smith c’est au travers de Mario Montez représentant une figure populaire de l’Hollywood de l’exotisme. Maisaussi la figure de Marlène Dietrich avec le film de Sternberg. Chez Brice Dellsperger il s’agit de la réutilisation de film, de leur bande sonore et du système même du cinéma remis en cause. Au travers de l’acteur Jean- Luc Verna il crée l’évocation et nous montre ses fantômes iconiques et tragiques. Il crée de nouvelles identités, de nouveaux genres dans une temporalité inédite et propre à ses films, entre passé/présent et peut être futur. Adolpho Arrietta, lui s’inscrivait dans le présent. Il filmait les Gazolines parce qu’il les avait rencontrées et vivait avec elles. Il n’était pas militant pour le FHAR ni pour un mouvement queer mais son action de filmer témoignait d’une petite communauté qui avait fait du travestissement un choix de vie.